Et si je vous dis...Afrique...non toujours pas? Bon vous aurez qu'à lire la petite histoire que je vais vous conter et vous comprendez.
Vendredi matin, je me livre à mon jeu favori depuis mon arrivée : Le lâcher d'Etienne au milieu de la ville.
Le but du jeu est assez simple, on me jette du 4x4 dans un quartier que je connais pas et je dois rentrer comme je peux pour le dejeuner à l'hotel...euh...je voulais dire chez mon frère. Pour corser l'aventure, on me met des liasses plein les poches, et un telephone portable. Exercice Ô combien perilleux. Je vous rappelle que les africains sont encore largement anthropophage. (si je vais trop loin vous m'arretez)
Ce matin donc, drop zone : Medina koura. Un vaste marché dans le nord de la ville. Maamannnn.... ma maison elle est toute au suuuuud...
Le lâcher d'Etienne est aussi le jeu favori des Maliens. Ils l'appellent : Ou est Jean Pierre? Variante africaine de notre "Ou est Charlie?"
Seulement c'est un peu plus facile pour eux, il me semble. Seul blanc, je m'aventure dans les passages d'un marché qui s'étend à perte de vue. Je pense que si j'avais un gyrophare sur la tête, je ne les aiderais pas plus. (la photo du bus "bonne chance Champion" se situe la bas)
Je dois cependant confesser que c'est plutot mon ressenti qu'une réalité. Les maliens, dans l'ensemble, se moquent pas mal que l'on soit blanc. Mais moi qui esperait me fondre incognito au milieu de la population comme le phasme sur sa branche, c'est raté.
Au détour d'une ruelle, je tombe sur un tournoi de baby foot, je préfère ne pas les humilier, et en plus, la honte, ils comptent les roulettes.
Je continue donc mes déambulations à travers la gare que je voulais absolument voir.
Je suis pas déçu, mon périple en train pour Dakar risque d'être haut en couleur.
A partir de là ça commence à être plus chaud, je ne sais déja plus très bien ou je suis dans Bamako, et comme toute les rues sont des marchés, c'est un peu délicat de se reperer. Je me vois bien dire "Allo Blandine? je suis perdu?....ou ça? ben euhh je vois un marché, ça te dit quelquechose ? plus de détails? ah alors je vois...des petites baraques qui vendent du poisson séché, des ceintures, des cartes de téléphones, et des médicaments... et puis il y a plein de femmes qui portent des bananes sur la tête. Tu vois maintenant?"
Je marche donc en sachant plus ou moins ou je vais et quand un type m'aborde pour me proposer des bazins (ndlr. tissu africain, brillant, qu'ils tapent avec des mailloches pour assouplir, je vous enverrai un petit bout de son du marché). Je rigole en lui demandant s'il pensait vraiment que j'allai m'habiller avec un boubou...et qui si c'etait le cas, je pense qu'ils rigoleraient bien pendant 3 jours.
Il m'emmène quand même dans son échoppe, je refais la même argumentation à son patron avec qui je finis par discuter, je lui raconte donc ma vie, mes envies, mes frustrations, mes questions. Il me parle de ses enfants, de ses rêves, je lui réponds avec mes dictons de sages, et il me dit : J'aime pas Sarkozy. Et la le piège, qu'est ce que je dois répondre, les gouttes de sueur commencent à couler le long de mes tempes (à moins que ça ne soit les 35°), j'hesite connaissant la punition en cas de mauvaise réponse (l'expulsion sans préavis de son échoppe, semblable aux 25 suivantes, au fond je perdais pas grand chose). Heureusement ma présence d'esprit qui me lache rarement en cas de coup dur, me souffle la bonne réponse : Moi non plus, j'aime pas Sarkozy. (qui l'eut cru, hein, franchement.) Me voila donc devenu son frère, son ami, je suis invité au mariage de sa nièce et je peux tourner les images que je veux dans tout bamako, j'ai l'aval du marchand.(merci bien, c'est trop aimable). Je repars donc tout content, en croisant un petit groupe de touriste (très rares) qui se fait sans doute avoir en achetant un boubou, que Madâme mettra lors du diner africain qu'elle organisera pour ses copines à son retour. Moi, j'ai maintenant un frère malien, je peux donc en toute honnêteté me moquer d'eux.
La suite de ma balade se passera en compagnie de Boubacar. Boubacar m'a abordé alors que je passais et repassais dans la même rue en me jurant que cette fois ci c'etait la bonne direction. (Le coup du "je marche depuis 5h dans la jungle et d'un coup je m'apercois que c'est le même arbre devant lequel je suis passé 8 fois".) Je lui décline donc mon identité, le but de ma mission incognito etc. etc. (tiens lui aussi il m'a repéré), on marche, on marche, on discute, on discute, il se met en tête qu'il va me faire visiter tout le quartier (ce que j'accepte sans rechigner), on passe donc devant le resto, on rentre dans la bibliotheque, il m'amene voir son pote pour que j'achete un dictionnaire français - bambara, etc et au fil de la discussion je m'apercois qu'en fait depuis le début il m'appelle Jean Pierre. (du genre : Mais tu vois Jean Pierre, le probleme au Mali blablabla), avec l'accent africain en plus, j'ai beaucoup ri (dans ma tête). J'ai d'autant plus aimé quand j'ai osé lui redemander son prenom, et qu'il me dit tout fier " moi, Jean Pierre, ton prénom je l'ai pas oublié". Nan c'est sur qu'un prénom pareil ça s'oublie pas. (Pardon d'avance pour les lecteurs à prénom composé, et mille excuses aux Jean Pierre perdus sur la toile qui seraient tombés sur ce blog). Il finit par me demander un peu d'argent pour la visite (oui je suis blanc quand même) mais moi, comme une vraie raclure de bidet, je lui lâche rien. On se quitte bons amis, parce qu'il était quand même sympa et qu'on venait de passer 3/4h ensemble. Et je rentre au Chateau.
Après le premier choc (allez, on peut le dire) de l'arrivée, je m'habitue très vite à la vie au Mali (je parle de la vraie vie, pas celle du chateau). Je m'y sens déja à mon aise, et je crois que ça me plait bien.
N'hésitez pas à mettre des commentaires pour me montrer combien ma plume est fine.
Salutations
3 commentaires:
Heureux de voir que tout se passe bien pour toi, mon cher Jean Pierre... ! Bonne route, et continue à écrire, c'est un plaisir de te lire !!!
Mon père me lègue en héritage ses biens, barques, commerces... au Sénégal.
Il n'y a pas qu'au Mali qu'il est possible de faire des rencontres improbables!!!
Nous étions chez Jeannette vendredi soir parmi une foule démentielle à l'intérieur comme à l'extérieur, entre personnes de la hype parisienne !!! un cuir noir par ci, une chapka par là, un lapinou, une moustache 80's, du vernis rouge aux ongles, les lunettes de ta maman de 1977 et j'en passe et des meilleurs que tu connais par coeur. Quand soudain, proche du comptoir, arrive mon père! Yes mon père, petit homme noir ne tarissant pas d'éloge sur notre groupe composé de bart, greg, damien et moi même. La discussion en plusieurs langues partait bien,longue mais bien, compliments, héritage immobilier, ligne de la main... c'est ainsi, qu'au milieu de rockers, journalistes, modeuses, et artistes sans oublier nos amis consultants, je suis devenue fille de et propriétaire en Afrique noir.
La classe non?
Nous t'embrassons très fort,
À très vite pour de nouvelles aventures parigo-malienne.
Aurélie
Suis hyper fier d'avoir un pote qui s'appelle Jean-Pierre!!!!J'ai toujours rêvé de faire des "Salut JP!" ou des "Ouais, ce soir je prends un pot avec JP!!!!". Dommage que tu ne te sois pas lancé dans un démonstration de baby foot, tu aurais pu devenir l'idole du quartier....
J'attends avec impatience le récit du prochain laché d'Etienne.
Profites en bien.
Greg.
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