jeudi 24 janvier 2008

Jean Pierre, agent secret.

Nouvelle experience : la conduite à Bamako.

J'ai commencé doucement, en allant acheter le pain à 400 mètres de la maison par des pistes désertes. Mais quand même je prends le 4x4, juste pour voir comment ça fait, ben ça le fait. Je me crois au Paris Dakar, je vole au dessus des nids de poule, et quand la poule est là, je l'écrase sans m'arrêter, de toute façon on est trop haut pour voir la route.

Ensuite Bamako, la ville. Avec la petite voiture, enfin la 406. Je traverse le pont fenetre ouverte, hip hop a fond, je m'y crois trop. Enfin je dompte la ville, comprenez je fais 3 fois le tour des mêmes rues pour trouver mon chemin.

Mon premier flic. Coup de sifflet. Comportement dangeureux...(genre MOI je suis dangeureux alors qu'ils roulent à 3 sur leurs motos sans casque et en doublant par la droite.) Comportement dangeureux, c'est quand par exemple t'es sur la file de droite et que un peu au dernier moment j'avoue, tu réalises que tu veux tourner à gauche (alors qu'en fait le bon chemin est bien sur la droite, mais ça je l'ai appris après, avec le flic.)
Donc le gars me demande 3000 FCFA (5€), je lui dis que je suis perdu (ce qui était vrai), il m'indique le chemin très cordialement, et pouf, l'amende descend à 2000. Comme j'avais pas mon permis sur moi, j'ai pas fait trop le malin (après il t'emmène au poste, ils te font attendre des heures en gardant tes papiers, etc. etc.) Coup de chance, j'avais que 1000 dans la poche, il a estimé que ça suffisait (j'adore ces phrases : "Allez donne moi 1000, ça ira". Ce qui signifie : il me manque un peu pour me payer un paquet de clopes, je te remercie). je repars lésté d'un petit billet mais au moins je connais mon chemin. Après tout le service valait bien ça.

Ce qui est amusant, c'est que quand tu as affaires aux policiers (cf ma rencontre avec les militaires ci dessous), Il peut te raquetter ton portefeuille (sans raison), mais toujours avec gentillesse et humour, parfois tu te demandes s'il te fait pas une mauvaise blague, mais non, il veut bien ses 3000 FCFA. Ca ne l'empeche pas de sourire (à la reflexion je vois pas pourquoi il ferait la gueule, il vient de se mettre dans la poche l'equivalent d'une semaine de boulot.)
Un policier africain en somme.

Mon premier accident. En voiture dans les embouteillages, coup de fil, je veux me ranger sur le coté pour répondre (stupide reflexe de parisien), et BAOUM la moto (toujours à 2 sans casques). Je sors de la voiture en priant de ne pas avoir tué quelqu'un, et aussi pour l'engueuler (merde quoi d'ou il me double par la droite, en roulant à moitié sur le bas coté) et puis je me rends compte que je ne suis pas à Paris. Le code de la route ici est laissé à la libre appréciation de chacun. De toute façon, je suis blanc donc à priori je suis en tort. Heureusement pas grande casse : un peu son carénage (s'il avait acheté une vraie moto au lieu de sa chinoise pourrie ça serait peut être pas cassé), mon enjoliveur et une belle rayure sur l'aile. Tout de suite l'atroupement, 10 personnes sont autour de moi à parler en bambara, je comprends rien du tout. Je m'en tire en lui payant 5000 F sur les conseils d'une personne tierce, de toute façon je crois pas que les constats existent. Avec du recul, je me dis que le type sur sa moto ne faisait pas le malin, certainement un signe de sa culpabilité, j'aurais jamais du payer. (Sonné? comment ça il était sonné? un petit accident ça n'a jamais empéché les gens de parler.)
Je repars en maudissant ce pays de sauvages et en insultant les petits vendeurs à la sauvette qui tiennent toujours à me refourguer le petit drapeau du Mali à mettre sur mon antenne que j'avais fièrement réussi à négocier de 750 à 500 juste avant l'accident. Quel interêt quand on sait que le Mali va se faire éliminer au prochain match.

Le seul souci dans cette histoire, c'est que la voiture est à vendre. Avec une belle rayure, c'est moins facile. Demain je l'amène chez le garagiste.
Moi qui était tout heureux d'économiser de l'argent sur les taxis...
(edit : l'opération vient de me couter 25 000 FCFA = 40 €)


La voiture avant l'accident.

Ma deuxième histoire avec les autorités locales remonte à quelques jours. Je filmais dans un quartier qui s'appelle la base, et qui comme son nom l'indique est une base militaire. Ils y logent les famille des soldats. La première fois, ça m'a laissé l'impression d'un grand bidonville, beaucoup plus sale que le reste de Bamako. Très sympa de la part du gouvernement de leur payer un logement de fonction (tu veux pas dormir directement dans la poubelle, je pense que tu serais mieux.) Le quartier est pratiquement fermé aux étrangers, en tout cas en aucun cas on se pointe la bas avec sa camera sans autorisation. C'est ce que nous avons fait. J'avais pourtant demandé aux personnes qui m'accompagnaient les risques d'une telle opération. (c'est un film de sensibilisation sur la prévention des maladies infantiles donc plutôt dans leur interêt.)



Pas de chance, au moment ou finit notre petit tour et que j'ai presque bouclé mes interviews, se pointe le sergent chef traoré (ou diarra ou keita ou je ne sais quoi) qui n'a pas l'air arrangeant du tout. Après une petite tentative d'explication (mes 3 accompagnateurs s'en chargent, ils sont du cru), j'emmène tout ce petit monde dans ma voiture direction le bureau du chef de corps. On attends (comme toujours) et on nous emmène finalement en salle d'interrogatoire. C'est comique un interrogatoire malien. Le sergent chef veut donc tout savoir de nos agissements, je suis devenu un espion à la solde des rebelles touaregs. Etienne, Agennt double zéro pointé pour la discrétion. Le MI6 me privera d'Aston Martin (tant que j'ai mon verre de Martini vodka à la cuillère pas au shaker, tout va bien). Il note mot à mot sur son bloc note, peut être 10 ou 15 pages noircies de mes aventures depuis mon arrivée.

- Alors si j'ai bien compris, votre frère habite au Mali, quel est son adresse?
- Bien joué sergent chef mais je ne tomberai pas dans votre piège, il n'y a pas d'adresse ici.
- Mais quand avez vous rencontré Mr Sangaré ici présent.
- euhh, je sais plus trop autour du 10 janvier.
- Il me faut une date précise.
- OK, vous avez qu'à écrire le 11 janvier à 9h, s'il vous faut une date précise.

Parfois il s'arrête, et il réflechit à sa prochaine question :

-Alors si je comprends bien, vous êtes ici pour raisons professionnelles, hum hum.
-Voila c'est que je vous repète depuis 1/2 heure.

J'aurais peut être du lui donner le lien du blog, on aurait gagné du temps. Je pense qu'à nous quatre il a du remplir entièrement son carnet. Si j'ai un message à faire passer : N'envoyez plus de vêtements, de jouets ou de médicaments. Envoyez des bloc notes, Pensez aux pauvres petits militaires qui sont obligés de faire des rapports manuscrits.
Il y avait un mélange de "je me la pète, je suis le chef, on est en état de guerre, je suis en possession de dangeureux espions, passons les donc à la torture pour qu'ils crachent ou ils ont cachés l'uranium." et de "Il est 13h, je sais qu'il y a un super poulet braisé aujourd'hui au menu à la cantoche , après tout ils ont pas l'air bien méchant, tiens je vais faire une petite blague ça détendra l'atmosphère"
Un militaire africain en sommme.

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